36

Publié le par danslecerveaudisabelle

 

 

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Première partie

 

J’ai perdu mon 36. Je sais exactement où  : à la fac en reprenant mes études. Sessions après sessions, je réussissais mes examens tout en me dépouillant de ma taille de guêpe. Je ne m’aperçus de rien. Sur le campus, ma ligne s’égarait entre le resto U et la cafétéria. Mes fesses assises durant des heures dans les amphithéâtres ; mes fesses toujours assises durant des heures à la bibliothèque ; et mes fesses encore assises à mon bureau toujours pendant des heures, entre les carrés de chocolat (pour la mémoire), le café (contre le sommeil), les boissons sucrées (contre la soif) et les repas vite faits (contre la faim). Résultat : cinq ans plus tard, diplômes en mains, et horreur ! Kilos en plus aux hanches, aux fesses, aux seins et aux bras. Le forfait tout compris !

 

En cinq ans, j’avais changé ma garde-robe et troqué mes jupes courtes contre des robes longues taille 42, mes chaussures à talons contre des baskets, mes petits tops taille S contre des pulls à col rond taille L. Ce n'était pas de ma faute si les fringues en 36 ne m'allaient plus mais celle de la société qui encense la maigreur ! Je me dédouanais de toute responsabilité. Lorsqu'un jour, en pleine période de soldes, mon mari m'apporta en cabine d'essayage, un jean taille 44. Non, mais il plaisantait. J'allais nager la-dedans ! Pas du tout ! Je ne parvins pas à l'enfiler jusqu'au-dessus de mes hanches. J'entendais le jean hurler de douleur à son écartèlement. J'interrompis le massacre, furieuse ! Et à peine avais-je posé mes grosses fesses sur mon canapé que je passai un savon à mon mari :

« Pourquoi tu ne m'as pas prévenue que je grossissais ! »

« Parce que je ne le voyais pas ! Je t'aime comme tu es. »

« Oh ça va ! Arrête ton baratin. C'est de ta faute si je suis grosse. T'aurais dû m'avertir ! »

 

Devant ma psyché, je ne me reconnaissais pas. J'observais les détails de mon corps et les assimilais à de la nourriture. Mes fesses étaient des jambons, ma taille, une paupiette, mes bras, du lard. Il devenait donc urgent que je me reprenne en mains.

 

à suivre...

 

Isabelle B

Publié dans Nouvelle

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