La rue de la paix-2ème partie

Publié le par danslecerveaudisabelle

 

cimetiere-nuit.jpg

Je reprends mon souffle tout en considérant qu'il me faut, désormais, faire le grand tour pour rejoindre ma maison. Donc, emprunter la voie qui longe le cimetière par la gauche puis, prendre la rue de la paix qui longe ce même cimetière par l'arrière. Ce qui signifie longer le lieu des morts deux fois plus longtemps.

 

J'essaie de rester calme. Je passe devant le terrain de foot éclairé où des gars courent derrière un ballon, la salle de sports où j'entends des gars sauter avec un ballon et se pendre aux paniers, le cabinet du docteur Caplaert, le fleuriste et sa vitrine remplie d'anges et de statues à tête baissée, le vendeur de tombes. Là, je traverse pour rejoindre le trottoir d'en face. Je longe le jardin des Houdards gardé par deux dogs allemands qui passent plus de temps à baver qu'à garder. C'est alors que se dresse, devant moi, la nécropole endormie.

 

Surtout, pas de panique ! Cette rue est protégée des zombies par un rempart constitué d'une haie de buis d'au moins un mètre cinquante de haut. Je n'ai donc aucune inquiétude à avoir. Les macchabées détestent escalader un mur de feuillages. Ils se grifferaient et tomberaient en morceaux. Ils y laisseraient une main ou un pied entre les branchages. Alors, restons zen mais, tout de même, je marche vite. J'évite de regarder en direction des morts. Je m'avance, tête baissée, droit devant. J'accélère le pas. Le nez enfoncé dans mon écharpe, je respire à la vitesse d'une fusée prête à décoller. Je transpire, j'ai les joues en feu.

Qu'est-ce que c'est ? J'entends un raclement, quelqu'un qui rampe derrière moi. C'est certainement un fantôme ? Le diable ? Il vaut mieux ne pas traîner. J'augmente le rythme des foulées. J'ai soif. Je tousse. J'ai mal aux jambes. Il me faut garder ce rythme à tout prix. Soudain, un cri métallique jaillit du cimetière. Je jette un regard furtif en direction des morts. Cette fois, ils ouvrent leurs tombes ! Les zombies se réveillent. Je fonce. Mes pieds décollent et martèlent le bitume. Je cours comme jamais je n'ai couru. Mon gosier me brûlent, mes poumons s'enflamment. La terreur m'incendie. J'ai soif, très, très soif. Au virage de la rue de la paix, je dérape mais me relève aussitôt. Les cadavres sont à mes trousses. Les loques grises, les bouches édentées, les yeux pendants, les corps décharnés veulent ma peau. Ils veulent m'attraper et m'emmener dans leur tombe. Courir, fuir ! L'épuisement me guette mais je tiens. Fuir est le plus important.

 

« Isabelle ! Isabelle ! »

J'entends leur voix de métal si proches, si près de leur but.

« Isabelle ! »

Ils sont derrière moi, ils m'effleurent. L'un d'eux parvient à me toucher l'épaule. Un squelette m'a touchée. Dans mon désir d'accélérer , mes jambes s'emmêlent. Je m'écroule. Je ne veux pas mourir. Le zombie m'attrape le bras.

« Isabelle ! Mais qu'est-ce que tu fais ! Tu n'entends pas quand je t'appelle ? »

Mais je connais cette voix !

 

Maman me saisit par la main. S'étant inquiétée de mon retard, elle est venue à ma rencontre. Elle m'emmène vers mon goûter, à mon adresse, rue du cimetière. Je fais un pied-de-nez aux zombies :

« Au revoir les macchabées ! A demain ! »

zombie.jpg

 

Isabelle B

 

Publié dans Nouvelle

Commenter cet article