36-3ème partie

Publié le par danslecerveaudisabelle

Fitness-TapisE.jpg

 

Le directeur m’emmena dans une salle où trônaient diverses machines à pédales, à poulies, à poids. Nous nous arrêtâmes devant un vélo conçu pour faire du surplace.

 

« On va commencer doucement. Vous allez faire 30 minutes de vélo, puis 30 minutes de stepper et, disons, 10 minutes de rameur. Pour un début, c'est déjà pas mal. »

C'est alors que je revis mon mari me tendre la taille 44. Chose étrange, je fus aussitôt hypermotivée.

 

Scrupuleusement, je fis tout ce qui m'était recommandé. Durant des jours, des semaines et des mois, je pédalai, je grimpai des marches, je ramai. Je connus la faim, la fatigue, la fonte des graisses. Je connus la jalousie et l'envie quand je n'avais, dans mon assiette, qu'une portion de crudités crues et que mon mari se servait en patates et steak. Je faillis commettre un maricide pour un plat de pâtes au gruyère. La nuit, des odeurs de sauce, de grillades hantaient mes rêves et, au matin, je devais changer ma taie d'oreiller pour cause de montées de salive. Mais tous ces efforts furent récompensés. Du 42, je descendis au 40. Alors, je fis encore mieux. J'ajoutai à mon programme de base la gym tonique, l'aérobic et les abdos-fessiers. Ce rythme de commando dura deux ans. Deux ans de durs labeurs et de frustrations à passer devant des gâteaux en les dédaignant, à refuser des offres succulentes. Deux années durant lesquels mon corps finalement, piétina au 38. Mon impatience commençait à bouillir. J'en parlai au directeur du club et lui fis part de mon désarroi. Il dévoila alors un plan B : des produits amincissants à base de brûleurs de calories.

 

« Vous êtes sûr que c'est efficace ? »

« Assurément ! Cela n'a pas marché sur deux personnes uniquement, mais elles n'y mettaient pas du leur. »

« En ce qui me concerne, ce ne sera pas en mon cas. Vous me connaissez, je reste assidue. »

« Il s'agit d'une cure d'un mois. Vous allez transpirer beaucoup et vous verrez, vous allez fondre. »

« Et je retrouverai enfin mon 36 ? »

« Assurément ! »

Les brûleurs de calories rejoignirent donc mon équipe que je finissais par nommer « à la recherche du temps perdu où je faisais du 36 » . Ils se présentaient sous forme de boisson. Je devais boire un verre de ce liquide une heure avant le sport. Puis, je me remettais à bouger, sauter, ramer, suer.

 

Trois ans plus tard, je saute toujours, je bouge toujours et je rame toujours pour retrouver mon 36. Il erre encore dans le passé entre la cafétéria et le resto U de la faculté. Une légende dit même que la nuit, il hante les murs de l'université, quand tout est noir et cloisonné, à la recherche de son ancienne propriétaire.

 

Isabelle B

Publié dans Nouvelle

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article